LA
VANNE 4 VOIES D’INVERSION DE
CYCLE (2ème partie)
C)
Les risques de pannes :
La
panne la plus délicate pouvant arriver à une V4V est
vraisemblablement le blocage du tiroir en position intermédiaire.
A
ce moment, les 4 voies sont en communication ce qui provoque un
court circuit plus ou moins franc entre la HP et la BP, selon
la position du tiroir au moment du blocage. Cela donne alors tous
les symptômes d’un compresseur trop petit : Puissance frigorifique
réduite, HP faible et BP élevée (voir : Panne
du compresseur trop petit, page 139).
Ce
blocage peut être provoqué accidentellement à
cause même de la conception de la vanne. En effet, le tiroir
pouvant circuler librement à l’intérieur de la vanne,
il peut bouger et se trouver en position intermédiaire au
lieu d’être en butée franche, à la suite de
chocs ou de vibrations (par exemple pendant le transport).
Si
la V4V n’est pas encore installée, et donc qu’il a la chance
de l’avoir entre les mains, le monteur devra impérativement
TOUJOURS vérifier la position du tiroir en observant
l’intérieur de la vanne par les 3 orifices inférieurs.
Il
pourra ainsi très simplement s’assurer de la position exacte
du tiroir car une fois la vanne brasée, il sera trop
tardpour regarder à l’intérieur!
Si
le tiroir est mal positionné (exemple de droite, ci-dessus),
il sera possible de l’amener dans la position désirée
en tapant l’extrémité de la vanne contre une planche
ou un morceau de caoutchouc.
Ne
frappez jamais la vanne contre une masse métallique, vous
risqueriez d’en écraser l’extrémité et de la
détériorer très sérieusement.
Cette
technique très simple permet par exemple de positionner le
tiroir d’une V4V neuve en position refroidissement (refoulement
dirigé sur la batterie extérieure) avant de l’installer
en remplacement de la V4V défectueuse d’un climatiseur réversible
(si on est en plein été).
De
nombreuses autres causes peuvent être à l’origine d’un
blocage du tiroir en position intermédiaire.
Par
exemple, le corps de la vanne peut avoir été endommagé
à la suite d’un choc et ne plus être parfaitement cylindrique,
ce qui empêche la libre circulation du tiroir.
Un
capillaire (ou plusieurs) peut être écrasé ou
déformé, ce qui réduit son diamètre
et ne permet plus une chute de pression suffisante pour actionner
correctement le tiroir (rappelons une nouvelle fois que le diamètre
des capillaires est supérieur au diamètre du petit
orifice percé sur chaque piston)
Des
traces de brûlures excessives sur le corps de la vanne et
un mauvais aspect des brasures constituent une bonne indication
sur la compétence du monteur qui tenait le chalumeau lors
du brasage. En effet, il est impératif de protéger
le corps de vanne avec des chiffons mouillés ou de la tresse
d’amiante mouillée pendant le brasage car les pistons et
le tiroir sont entourés d’un joint d’étanchéité
en nylon qui permet aussi de favoriser le coulissement de l’ensemble
à l’intérieur de la vanne. Au moment du brasage, si
la température du nylon dépasse environ 100°C, il
perd ses caractéristiques et le joint est irrémédiablement
endommagé, ce qui entraîne de fortes probabilités
de bloquer le tiroir à la première tentative d’inversion
de cycle !
Rappelons
que c’est la différence de pression entre la HP et la BP
qui permet le déplacement rapide du tiroir lors de l’inversion
de cycle. Il est donc impossible de manoeuvrer le tiroir si ce DP
est trop faible (on estime généralement ce DP
minimum à environ 1 bar). Ainsi, si on manoeuvre l’électrovanne
pilote alors que le DP est insuffisant (par exemple si le compresseur
vient juste de démarrer), le tiroir ne peut pas se déplacer
franchement et il risque de se bloquer en position intermédiaire.
Un
blocage du tiroir peut aussi provenir d’un dysfonctionnement de
l’électrovanne pilote, par exemple une tension trop faible
ou un montage mécanique incorrect de la bobine. Notez qu’une
cheminée écrasée (à la suite d’un choc)
ou déformée (lors d’un démontage ou d’une chute)
ne permet plus à la masselotte de coulisser normalement,
ce qui peut également entraîner un blocage de la vanne.
Il
n’est pas inutile de rappeler qu’un circuit frigorifique doit être
absolument impeccable. En effet, si les copeaux de cuivre, les particules
de brasure ou de décapant ne sont pas les bienvenus dans
un circuit frigorifique classique, ils risquent en plus
de coincer le tiroir ou d’obstruer un orifice ou un capillaire sur
la V4V. Pensez y et prenez un maximum de précaution lorsque
vous serez amené à intervenir sur un tel circuit.
Enfin,
signalons qu’il est fortement recommandé de monter la V4V
horizontalement afin d’éviter que le tiroir ne redescende,
même légèrement, sous l’action de son propre
poids, ce qui pourrait créer une fuite permanente sur le
pointeau de piston supérieur lorsque le tiroir serait en
position haute.
Maintenant,
une délicate question se pose : Que faut-il faire si le
tiroir est coincé ?
Avant
d’impliquer le fonctionnement de la V4V, le dépanneur devra
d’abord s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un problème frigorifique.
Par exemple, un manque de charge en fluide frigorigène, en
provoquant une diminution de la HP et de la BP, peut rendre le DP
insuffisant pour permettre le déplacement franc et complet
du tiroir.
Si
l’aspect extérieur de la V4V (traces de choc ou d’échauffement)
semble correct et que qu’on a la certitude qu’il ne s’agit pas non
plus d’une panne électrique (on incrimine bien trop souvent
la V4V, alors qu’il n’y a qu’un simple problème d’origine
électrique), le dépanneur devra se poser la question
suivante :
Vu
le régime de fonctionnement actuel (chauffage ou refroidissement)
et la conception de cette installation (vanne pilote au repos =
chauffage ou refroidissement), vers quelle batterie (intérieure
ou extérieure) le compresseur devrait-il refouler en ce moment
et quelle devrait être la position du tiroir ?
Quand
il a déduit avec certitude la position normale du tiroir
(à droite ou à gauche), le dépanneur pourra
achever son déplacement en frappant (légèrement
mais sèchement) du coté désiré
à l’aide d’un maillet en bois (si vous n’avez pas de maillet
n’utilisez jamais un marteau ou une massette sans intercaler une
planchette en bois, sinon vous risquez d’endommager sérieusement
la vanne).
Dans
l’exemple ci-contre, le coup de maillet à droite provoque
le déplacement du tiroir à droite (malheureusement,
les constructeurs ne laissent pas toujours suffisamment de place
autour de la V4V !).
En
dépannage, le diagnostic peut très souvent être
renforcé par un simple toucher de la V4V.
En
effet, le tube de refoulement du compresseur doit être très
chaud (attention aux brûlures, sa température
peut frôler les 100°C dans certaines conditions de fonctionnement).
Le tube d’aspiration est normalement plutôt frais.
Le
tube 1 devrait donc être à la même température
que le refoulement (si le tiroir est à droite) ou à
la même température que l’aspiration (si le tiroir
est à gauche). Le raisonnement est bien sûr identique
pour le tube inférieur droit.
Nous
avons vu qu’une petite quantité de gaz HP (donc très
chaud) circule dans 2 des capillaires un bref moment lors de l’inversion
de cycle (le capillaire du coté ou se déplace le tiroir
et celui relié à la voie commune de la vanne pilote).
Ensuite cette circulation est interrompue par le pointeau de piston
quand le tiroir arrive en butée et il ne doit plus y avoir
aucun passage de gaz HP dans les capillaires. C’est pourquoi la
température normale des ces capillaires (qu’on peut palper
du bout des doigts) ainsi que celle du corps de la vanne pilote
devrait être sensiblement identique à la température
du corps de la vanne principale.
Si
le toucher donne des résultats différents, il ne reste
plus qu’à les interpréter...
Lors
d’une visite d’entretien, le frigoriste trouve la BP un peu élevée
et la HP un peu faible. Le tube inférieur gauche étant
très chaud, il conclut que le tiroir est à droite.
Au toucher, il constate que le capillaire droit et celui reliant
la voie commune à l’aspiration sont anormalement chauds.
Il
peut aussitôt conclure qu’une fuite permanente se produit
entre la HP et la BP et donc que le pointeau de piston droit n’est
pas étanche.
Il
décide d’augmenter la HP (par exemple en bouchant avec un
carton une partie du condenseur) de sorte à augmenter la
pression différentielle. Il peut ainsi tenter d’achever la
course du tiroir en butée droite. Ensuite, il provoque une
inversion de cycle pour vérifier si tout est correct, puis
il remet la V4V dans sa position initiale (augmenter la HP si
la pression différentielle est un peu faible et faire
manoeuvrer la V4V sont généralement 2 excellents réflexes).
Il
peut ensuite tirer les conséquences de ses essais (dans tous
les cas, si le débit de fuite persiste de manière
excessive, il faudra prévoir de remplacer la vanne).
Dans
l’exemple ci-contre, la HP est très faible et la BP est anormalement
élevé. Comme les 4 tubes de la V4V sont plutôt
chauds, le dépanneur conclu que le tiroir est coincé
en position intermédiaire.
Un
toucher des capillaires permet au dépanneur de constater
qu’ils sont tous les 3 anormalement chauds, ce qui permet aussitôt
de conclure que l’origine de la panne provient de la vanne pilote
dont les 2 orifices restent ouverts en même temps.
Le
dépanneur procède donc à un contrôle
complet de la vanne pilote (montage mécanique de la bobine,
raccordements électriques, tension d’alimentation, intensité
absorbée, aspect de la cheminée...) et il essaye de
manoeuvrer plusieurs fois cette vanne pilote pour tenter de " décoller "
une éventuelle impureté (si le défaut persiste,
il faudra changer la vanne).
A
propos de la bobine de la vanne pilote (et de toutes les bobines
d’électrovanne en général), certains dépanneurs
débutants hésitent à se prononcer quand il
s’agit de savoir si elle fonctionne ou pas. En effet, ce n’est pas
parce qu’il y a de la tension à ses bornes que la bobine
est excitée : le fil peut être coupé.
Certains
posent une lame de tournevis sur l’écrou de serrage de la
bobine pour apprécier la qualité de l’aimant (mais
ce n’est pas toujours évident), d’autres démontent
la bobine, la font coulisser sur la cheminée en guettant
le bruit caractéristique du noyau qui se déplace.
D’autres encore démontent la bobine et passent un tournevis
à l’intérieur pour voir s’il se fait " aspirer ".
Profitons
en pour faire une petite mise au point...
Prenons
comme exemple une classique bobine d’électrovanne dont la
tension d’alimentation nominale est de 220V.
Les
constructeurs acceptent en général une surtension
continuelle de 10% (soit environ 240V) sans risque d’échauffement
excessif pour la bobine et garantissent un fonctionnement correct
avec une sous-tension continuelle de 15% (soit 190V). Ces limites
d’utilisation se comprennent facilement : Si la tension d’alimentation
est trop forte, la bobine chauffe exagérément et elle
risque de griller. A l’inverse, une tension trop faible ne permettrait
plus de magnétiser suffisamment le noyau pour attirer la
masselotte (Voir : Problèmes électriques divers,
page 377).
Si
notre bobine prévue pour 220V a une puissance nominale de
10W, on pourrait facilement penser qu’elle absorbe une intensité
I = P / U soit I = 10 / 220 = 0,045 A (soit 45 mA).
En
réalité, la bobine absorbe environ 0,08 A (soit 80
mA) car en courant alternatif P = U x I x cosj et le
cosj d’une bobine d’électrovanne est généralement
très voisin de 0,5.
La
bobine étant sous tension, si on la retire de la cheminée
l’intensité absorbée monte à 0,233 A (soit
presque 3 fois plus que la normale). Comme l’échauffement
dépend du carré de l’intensité, c’est dire
que la bobine s’échauffe 9 fois plus que la normale
et qu’elle a alors de fortes chances de griller rapidement !
Si
on introduit alors un tournevis dans la bobine alimentée,
il se fait " aspirer " par le champ magnétique
et l’intensité absorbée diminue légèrement
(dans l’exemple la bobine absorbe encore 0,16 A, soit 2 fois plus
que la normale).
Tirez-en
la conclusion qu’il ne faut jamais démonter une bobine sous
tension car elle risque de griller très rapidement.
Sans
démonter la bobine, un bon moyen de savoir si elle est alimentée
normalement consiste à en approcher une pince ampèremétrique
que l’on tient bien " ouverte " et qui
sert alors de détecteur de champ magnétique.
Dans
l’affirmative, la pince ampèremétrique est influencée
par le champ magnétique de la bobine et l’ampèremètre
indique une intensité assez élevée (dont
la valeur ne signifie absolument rien) mais cela permet rapidement
de savoir à coup sûr si l’électro-aimant fonctionne
correctement sur le plan électrique.
Notez
que cette dernière technique de la pince ampèremétrique
" ouverte " est valable sur tous les types de
bobines alimentées en courant alternatif (électrovanne,
transformateurs, moteurs...) dès l’instant où la bobine
testée ne se trouve pas à proximité immédiate
d’une autre source de rayonnement magnétique.