ACCUEIL  <  OBJETS MENAGERS  <  COMPLEMENTS  <  
Retour aux activités pédagogiques (1999-2000)  

  
1. Introduction 4. Historique 16-18ème siècles
2. Les couverts Jusqu'au moyen-âge 19ème siècle
3. Définition 13-15ème siècles Bibliographie
  

  
Introduction  Saut au début de cette page
Dès le Néolithique, l'homme mangea des céréales crues ou grillées que l'on ne tarda pas à écraser pour en faire la farine qui servira à la confection de bouillies. Dans bien des cas, la bouillie était l'élément de base (sinon le seul) de l'alimentation de nombre de peuples et complétait providentiellement l'alimentation carnée lorsque celle-ci faisait défaut.

Le Moyen Age donna le nom de potage à tous les aliments qui étaient cuits à l'eau dans un pot. Ces potages furent ensuite épaissis avec des soupes (tranches de pain que l'on trempait dedans) puis enrichis de légumes et parfois de viandes ou de poissons.

Ce long préambule pour en arriver au fait que la cuillère était devenu un instrument indispensable (et souvent personnel) soit pour distribuer et consommer cette nourriture liquide soit pour la remuer dans les récipients lors de sa cuisson.
La cuillère est certainement avec le couteau, un des plus anciens ustensiles que nous avons coutume d'appeler aujourd'hui sous le nom de couverts. Rappelons, que pour sa part, la fourchette s'implanta surtout à partir du 16ème mais encore au 17ème siècle, elle était essentiellement un objet de luxe.

  
Les couverts  Saut au début de cette page
Si actuellement "mettre le couvert" est devenu synonyme de "dresser la table", cette expression remonte cependant au 15ème s. A cette époque, quand on recevait des hôtes à dîner, les plats et les mets, disposés sur la table ou sur le dressoir, étaient recouverts d'une grande serviette blanche. On voulait ainsi montrer aux invités que toutes les précautions avaient été prises pour éviter tout risque d'empoisonnement.
Le couvert désignait aussi l'emplacement du convive à table et, par la suite, le repas lui-même; d'où l'expression "avoir son couvert mis chez quelqu'un". 
Ensuite, il désigna tout ce qui recouvre la table, pour être limité au 18ème au trio couteau-fourchette-cuillère.
  
Définitions de la cuillère  Saut au début de cette page
Origine étymologique : 
le mot cuiller vient du latin* cochlearium qui signifie escargot car à l'origine, la cuillère (dont l'extrémité était pointue) servait à dénicher les escargots dans leur coquille (ou à manger des huîtres).
*(Les Romains qui ignoraient la soupe, utilisaient la cuillère pour déguster des oeufs, d'où la référence à la coquille de l'oeuf. Parmi d'autres utilisations, la cuillère servait à délayer les onguents en Egypte).

Définition : 
cuiller ou cuillère est un ustensile de table, composé d'un manche (ou tige) et d'une partie creuse (cuilleron) destiné à puiser les aliments liquides ou peu consistants.

Les principaux types de cuillères actuelles sont les suivants:
1. à bouche (ou à soupe) 5. à oeuf
2. à dessert 6. à moutarde
3. à café 7. à sucre
4. à sel 8. à sauce

Cuillère afghane
Cuillère
afghane

Cuillère Eskimos
Cuillère
Eskimos

Notons que dans le langage courant, la dénomination des cuillères est donnée selon la taille : cuillère à soupe ou à bouche (la plus grande, dont la contenance est de 15 centim. cubes d'eau), cuillère à dessert ou à entremets (10 centim. cubes), cuillère à café (5 centim. cubes).

  
Historique  Saut au début de cette page
Comme la fabrication artisanale de la cuillère a duré jusqu'à une époque fort tardive (de même que pour les deux autres couverts), on ne pourra, en matière de datation, se baser que sur les grandes tendances et la mode de l'époque. Malheureusement, comme beaucoup de cuillères étaient fabriquées en bois, il est assez exceptionnel d'en trouver en cours de fouilles si ce n'est dans des circonstances tout à fait particulières (grottes, marécages, puits, tourbières....)
Facile à réaliser dans des matériaux comme le bois, la corne ou l'ivoire, elle faisait souvent partie de l'équipement personnel que l'on emportait partout.
Nous nous bornerons à ébaucher un bref survol de la forme générale de la cuillère sans entrer dans le détail de la décoration, de son utilisation ou de sa symbolique.

a) Préhistoire  Saut au début de cette page
S'il paraît évident qu'à l'aube de l'humanité nos ancêtres ont mangé avec leurs doigts, la nécessité de s'abreuver a dû tôt ou tard les obliger à utiliser la main disposée en forme de concavité plutôt que de boire directement à la bouche (ce qui ne devait pas toujours être chose aisée). De là à penser que la cuillère soit une imitation en réduction du bras et de la main, il n'y a qu'un pas .....!
Si les premiers hommes habitant le bord de la mer devaient trouver pratique d'utiliser les coquillages en guise de cuillère, les autres ont dû se rabattre sur des coquilles d'animaux ou de fruits avant de penser à manufacturer des objets dans le bois, la corne, l'os ou la terre.
La sédentarisation de l'homme et notamment la culture céréalière lui ont permis de diversifier son alimentation et, chemin faisant, la découverte des soupes a développé le besoin d'utiliser des instruments pour distribuer cette nouriture liquide et la porter à la bouche.
  
Certaines cuillères en bois nous révèlent des détails intéressants, telles celles trouvées dans le site néolithique de Charavines où l'on remarque une usure, par frottement, sur les bords gauches. Les utilisateurs étaient donc droitiers et la courbure de certains manches permettrait d'évaluer la hauteur et éventuellement la forme du fond du récipient pour lequel elles étaient utilisées.
Les schémas ci-contre nous montrent les différentes adaptations de la forme du cuilleron et du manche en fonction de l'inclinaison du fond et de la hauteur du récipient.
De haut en bas : louche (cuilleron hémisphérique), cuillères à ragoût (cuilleron ovoïde ou triangulaire), à g.: cuillère à sauce (cuilleron circulaire méplat) - à dr.: cuillère à dresser (cuilleron ovoîde perpendiculaire au manche) - Raymond Lecoq in "Les Objets de la vie domestique", Ed. Berger-Levrault

b) L'âge des métaux
Jusqu'à présent, les découvertes de cuillères en métal sont peu nombreuses; on a surtout mis au jour des cuillères en terre cuite et en bois (voire une cuillère celtique d'une longueur de 17 cm. au cabinet des Médailles à Paris).
c) Epoque romaine
A cette époque, les cuillères présentent la particularité d'avoir le cuilleron situé au-dessous du manche (d'où la dénomination anglaise de "keel and disk").
Après l'époque romaine, il n'y avait en Europe presqu'exclusivement que des cuillères en bois (spoon en anglais = copeau, lamelle).
C'est surtout au cours du Moyen Age qu'apparaissent en quantité importante les cuillères en métal.
  
d) 13-14ème siècles  Saut au début de cette page
Souvent court, le manche (7 à 8 cm) était de section ronde ou hexagonale et se terminait de manière très effilée à l'extrémité, pour évoluer ensuite vers une forme en bouton plus ou moins orné. Le manche était souvent plus gros à hauteur du cuilleron.
e) 14ème siècle
Vers 1300, les pièces les plus anciennes étaient découpées dans des plaques de cuivre et martelées. Le cuilleron était rond; la branche était mince et plate avec un petit bouton en forme de pinacle.
L'instrument de table était tellement rare que souvent les invités se munissaient de leur "étui de table" contenant les couverts.

f) 14-15ème siècles

Cuillère allemande, XVe s.
Cuillère
allemande,
15e s.

Les aliments plus liquides étaient versés dans une écuelle généralement partagée par deux convives. On se servait de couteaux et de cuillères même si les inventaires de la vaisselle des rois de France et des ducs de Bourgogne (au 14 et 15ème s.) font état de fourchettes (il est précisé que ces dernières servent à manger des mûres!). 
Jusqu'au 15ème s., on mangera avec les doigts car les couverts fabriqués en série n'existaient pas et leur prix n'était pas abordable pour le commun des mortels. Les couverts étaient souvent individuels et on les emportaient avec soi lors de ses déplacements. Ce n'est qu'au 16ème s. que les couverts seront fabriqués à la douzaine. La grande mode des ménagères comprenant jusqu'à 150 pièces ne verra le jour qu'en 1850.
Du 14ème au 15ème s., la tige en coupe de losange et cuilleron en forme de figue seraient d'origine française. Les cuillères des "Apôtres" remontent au 15ème, elles étaient offertes par le parrain à son filleul.
La tige courte et le cuilleron profond seraient flamands alors que les cuillères de poing du 15ème s., à branche courte partiellement triangulaire couronnée d'un couple d'amoureux ou de la Madone, seraient allemandes.

  
g) 16ème siècle  Saut au début de cette page
Dès le 16ème s., le manche des cuillères s'allonge, tandis que la partie creuse devient plus ovale et moins profonde. L'extrémité du manche est souvent décorée.
A partir du 16ème s., on trouve aux Pays-Bas et en Allemagne beaucoup de cuillères importées d'Angleterre. On note également l'apparition des "outils de tables" qui font office de cuillère et de fourchette.

h) 17ème siècle
A partir du 17ème s., les écuelles disparaissent et l'on assiste à l'apparition des assiettes qui remplacent les tranchoirs.
C'est le siècle de l'innovation car il inventera le manche avec spatule terminale. La section du manche n'est plus hexagonale ou cylindrique et il s'applatit vers le tiers supérieur en perdant toute cambrure. Le cuilleron s'ovalise de plus en plus.
La cuillère est faite à la main et est composée de deux pièces soudées. 
a soudure à la base du cuilleron est souvent dissimulée par un fin ornement allongé appelé "queue de rat". Le manche semble se continuer sur le dos du cuilleron par une languette triangulaire.
A la Renaissance et pendant la période baroque, les cuillères sont décorées de têtes d'hommes, animaux, créatures mythologiques et blasons.
A la cour de Louis XIV, on mangeait encore souvent avec ses doigts et chaque convive puisait dans le plat avec sa cuillère pour prendre du potage.
L'homme modeste se sert d'une cuillère en étain ou de bois. En Hollande, elles sont à tige droite et cuilleron rond.
.........................................

Cuillère à "queue de rat", étain, France, XVIIe s. Coll. BMG
.Cuillère à 
queue de rat",
étain, 17e s.

France.

i) 18ème siècle
Après 1700, la tige est plate et se termine en "pied de biche".
Apparition des cuillers d'apôtres et de celles de naissance.
La consommation du thé, du café et du chocolat donne lieu à la création de nouveaux types de cuillères.
  
j) 19ème siècle  Saut au début de cette page
Cuiller Napoléon III, nacre<<  Cuiller Napoléon III, nacre
On voit apparaître d'autres accessoires : cuillères à liqueur, à légumes, à pommes-de-terre, pudding, olives, ragoût, à saupoudrer le sucre...
Le début de la production de masse donne lieu à des ustensiles moins élitaires.
Ci-contre, de haut en bas :  cuillère à servir, De haut en bas : cuillères à servir, à compote, à ragoût, à sauce, Catalogue Boulanger, 1905
cuillère à compote, 
cuillère à ragoût,
cuillère à sauce, 
Catalogue Boulanger, 1905
   
Lorsque les cuillères sont en fer, elles sont toujours réalisées d'une pièce : c'est-à-dire que le cuilleron fait corps avec le manche. Elles peuvent être forgées dans le même lopin de fer ou réunies par une soudure à chaud. Quand le manche est rivé, il s'agit souvent de pièces médiocres ou de réparations.
  
Le matériau de base est le maillechort (alliage de cuivre, nickel et zinc) qui est utilisé sous forme de tôle. Elle est d'abord emboutie par pression (jusqu'à 600 tonnes), puis découpée selon la forme désirée. On obtient ainsi un rectangle de métal plat, sans relief que l'on fait passer dans une presse mécanique (pression de 100 à 400 tonnes) où il est pris en sandwich entre une matrice en acier. Il sera ensuite rogné, détouré, meulé, poliargenté.
Dans une niche, sur un nid de charbon, un artisan soude (800°) les grands cuillerons à leurs manches. Pour l'argenture, on fait appel à l'électrolyse : les couverts sont plongés dans un bain de cyanure et d'argent qui va fixer, sur le maillechort, l'argent déposé dans les paniers. La couche d'argent est généralement de 30 microns.
Cuillère à olives, fer forgé, début XIXe s. Coll. BMG
Cuillère à olives, fer forgé, 
début 19e s. Coll. BMG
Cuillère à gras et maigre, métal argenté, fin XIXe s. Coll. BMG
Cuillère à gras et maigre, métal argenté, fin 19e s. Coll. BMG
Cuillères à absinthe, métal nickelé, XIXe s. Coll. BMG
Cuillères à absinthe, métal nickelé, 19e s. Coll. BMG
Fourchette-cuillère de réception, métal inaltérable 18/10, Debergh, 1999. Coll. BMG
Fourchette-cuillère de réception, métal inaltérable 18/10,
Debergh, 1999. Coll. BMG
  
Bibliographie  Saut au début de cette page

Lieven Daenens - "Couverts du Gothique à l'Art nouveau, 30/05/1991- 18/08/1991", (catalogue) Galerie KB, Grand-Place 19, Bruxelles, 54 pp.

"Couverts de l'art Gothique à l'art nouveau", (catalogue) Collection Jacques Hollander, Musée d'Art et d'Histoire, Palais Masséna, Nice, 184 pp.

Katalog Noze, Izice, vidlicky vydalo, Umeleckoprumyslove muzeum, Vera Vokacova, Praze, 1981, 220pp.

Alte Bestecke, Gertrud Benker, Verlag Georg D.W.Callwey, München 1978, 184 pp.

Yolande De Meyre - "Cuillers et cuillères" in Le Soir Illustré n°3141, 5-11-1992

Gabrielle Borile in Le Soir Illustré n°2919, 2-6-1988, 98-99

"Des couverts à l'origine" in Le Soir Illustré n°3168, 10-3-1993, p.84

Norbert Elias - "Autres Temps...Autres moeurs, La table et le couvert", TDC 438, pp 8-9-10

Julia de Fontenelle et Malepeyre - Encyclopédie-Roret/Bijoutier-orfèvre T. II, Paris 1978, Ed. Chez Leonce Laget.

Raymond Lecoq - "Les objets de la vie domestique, Ustensiles en fer de la cuisine et du foyer des origines au 19è s.", Berger Levrault, 1979 (pp.225-227)

F.Braunstein-Silvestre et H. de Saint-Blanquat - "Les festins de la préhistoire par F.Braunstein-Silvestre et H. de Saint-Blanquat" in Science & Avenir, octobre 1981, n°416, 124 pp.

Art et décoration, n° 248, 1984, 200 pp.

Liliane Dreyfus - "Cuillers, reflets de civilisation", Ed. Gérard Klopp, Woippy 1994, 161 pp.

    
Page extraite du site   http://www.ping.be/~gastrono/gb/pg/pg-005_3_03.html

Saut au début de cette page